
écriture et mise en scène Joël BEAUMONT
en collaboration avec Karine HALPERN,
avec Christophe GIVOIS, Marie-Pierre NESKOVIC, Maya VIGNANDO,
conception sonore Jean-Noël YVEN,
création lumières Olivier CHROCHET,
scénographie Joël BEAUMONT assisté d'Amélie BLAISE
DU 22 AU 27 MAI 2003 A 20H
MAISON DE QUARTIER FLOREAL-SAUSSAIE-COURTILLE
3 promenade de la basilique 93200
MAISON DE QUARTIER FLOREAL-SAUSSAIE-COURTILLE
3 promenade de la basilique 93200
Un théâtre de quartier
Nous avons choisi de créer « sur le départ » sur le lieu même où cette pièce a été inventée avec les habitants durant l’année 2001. La Maison de quartier se transformera en Théâtre de quartier afin que les habitants aient à leur disposition un théâtre dans les mêmes conditions de qualité et d’accueil que n’importe quelle population. C’est l’histoire d’une famille de 1978 à 2000. L’histoire d’un coin de banlieue. Un bout d’histoire de France.
Le résumé
En mars 1978 Marco Padella, sa femme Chantal et sa fille de treize ans, Catherine, viennent s’installer dans un pavillon d’un quartier résidentiel de Saint-Denis. Marco licencié par les charbonnages de France s’est reconverti dans l’informatique et ouvre une boutique dans son nouveau quartier. Il se jettera sous le R.E.R. en 1990, sa fille Catherine mariée avec Michel reviendra s’installer dans le pavillon de sa mère. La vie suit son cours jusqu’à l’année 2000 où les fantômes des disparus permettront à Catherine de prendre un nouveau départ.
Le propos
Comment des immeubles construits en 1974 dans un quartier résidentiel étaient-ils devenus dans les années 2000 le symbole de la désagrégation sociale de la banlieue ? Au point que la seule solution imaginée pour faire disparaître le malaise que créait la présence de ces bâtiments aux halls dégradés, avait été de les raser jusqu’à la dernière pierre. Jusqu’au dernier souvenir ? Je me proposais d’écrire un texte qui retracerait l’évolution de la banlieue sur ces vingt-cinq dernières années, une histoire de la société française « hors les murs » vue par le plus petit bout de la plus petite lorgnette : l’histoire d’un quartier de banlieue, d’une cité, d’un bâtiment, d’une famille, d’un individu dont le destin particulier expliquerait peut-être la transformation du monde qui l’entoure.
Les histoires
C’est l’histoire d’une famille de 1978 à 2000, ses espoirs, ses échecs, ses deuils. L’histoire d’un coin de banlieue. Un peu l’histoire de la banlieue depuis qu’elle est devenue un « phénomène ». Un bout d’Histoire de France : des élections législatives de 78 à l’élection de Jacques Chirac en 1995. Une histoire condensée de la télévision depuis 1978 (les Chiffres et les lettres, Dallas, Gym Tonic, Goldorak, la première soirée Sida…). Une petite histoire de la langue, du langage branché de la fin des années 70 au parler des cités des années 2000. Le titre de chaque scène reprend une formule médiatique de l’époque donnée, et met en parallèle l’évolution du « problème » des banlieues et les changements qui modifient l’histoire de notre famille.
La démarche
Il n’existe pas de paradigme banlieusard avec langage et comportement approprié. Il ne s’agissait pas d’écrire sur le phénomène banlieue, mais de raconter une histoire qui se passait dans un certain lieu qui se trouvait être en banlieue. Ne pas être dans le cœur du sujet, mais tourner autour, choisir un personnage sans aucune caractéristique « zone », l’installer, le laisser regarder autour de lui, et attendre… En espérant qu’à force de tracer des cercles, le centre (une réalité ? une vérité ?) serait mis en évidence. C’est sur ce principe que je découvrais l’adresse de mon personnage principal : Marco, dans la seule rue pavillonnaire du quartier. Une toute petite rue, la dernière de Saint-Denis, dominée par trois bâtiments qui allaient être détruits. Les habitants des pavillons vivaient sous le regard de ceux des tours, et pourtant ces derniers n’imaginaient pas que cette rue faisait partie de leur monde.
Historique : La cité des fantômes
Juin 2000
Invité par un centre social j’assiste à « La dalle en fête » dans une cité de Saint-Denis. De longues bandes de tissu imprimé, aussi hautes que les immeubles, et des centaines de tableaux accrochés entre les étages, encadrent les fenêtres sur lesquelles sont tracées à gros traits blancs des silhouettes humaines. Des habitants lisent des récits sur l’histoire du quartier, un élu fait un discours, un orchestre s’installe pour le bal qui va clôturer cette journée qui marque le début de la réhabilitation de cette cité. « Réhabilitation » signifie que ces trois bâtiments, magnifiques sous le soleil, vont être rasés.
Janvier 2001
La municipalité me propose une résidence d’un an afin d’accompagner le projet de réhabilitation. Avec les comédiens de ma compagnie j’investis tous les lieux du quartier et j’interroge les habitants sur le thème du départ. Je transcris toutes les réponses. Ces énumérations dégagent une force, une émotion, un sens. Le chœur de la cité ? Les voix des fantômes des anciens habitants peints sur les fenêtres ? Le murmure de ces petites voix qu’on entend si mal parce qu’elles sont couvertes par le bruissement ininterrompu des discours de ceux qui détiennent le pouvoir ?
Décembre 2001
Fin de la résidence : nous présentons la pièce « en l’état ». Des habitants de tous âges, de toutes origines, pour lesquels le théâtre était une discipline considérée comme inaccessible, remplissent la salle de la Maison de Quartier. Difficile de jouer avec ces enfants qui pleurent, mais comment ne pas être émus par leurs mères qui parlent à peine français, mais restent attentives durant deux heures? Qu’ont-ils compris tous que moi je ne comprends pas encore, affolé par le travail qu’il me reste à accomplir, seul, sans eux qui pendant un an m’ont accompagné en écriture? J’ai commencé à écrire cette pièce alors que quelques familles s’accrochaient à leur appartement dans des immeubles déserts, et les bulldozers commencent leur travail de démolition. Les fantômes dessinés sur les fenêtres des tours disparaissent l’un après l’autre.
